Mono tâche, double tâche ou multitâche ?

Qui n’a jamais entendu parler d’un personnage (mythe ou réalité) qui n’arrivait pas à mâcher un chewing-gum et à réfléchir en même temps ?
Cette histoire, certes un peu exagérée, met en lumière le fonctionnement de notre cerveau qui va avoir du mal à assurer de multiples tâches simultanément si elles ne sont pas automatisées. Prenons un exemple concret. Lorsque l’on parle avec quelqu’un en voiture, nous sommes capables de tenir une conversation car la tâche « conduire » est automatisée. Alors que parler à un conducteur en phase d’apprentissage (lors de ses premières heures de conduite) sera bien moins intéressant car ce dernier sera totalement concentré sur les opérations : débrayer, changer de vitesse, embrayer, regarder dans les rétroviseurs, tenir sa voiture droite, etc.

Dans ces différentes configurations, votre attention est focalisée sur la tâche qui n’est pas automatisée.

Prenons un autre exemple, toujours en voiture. Vous conduisez mais le trafic est dense, vous devez emprunter un nouvel itinéraire, votre enfant à l’arrière vous parle et vous demande des réponses et votre copilote souhaite décider avec vous de la prochaine étape. Ceux qui ont vécu une telle situation savent ce qui se passe alors : rapidement on craque.

Car on demande à notre cerveau de répondre à un grand nombre de stimulus qui provoquent une surcharge cognitive. Un trop grand nombre de tâches non automatisées ne sont pas gérables en même temps.

En neuropédagogie (neurosciences appliquées aux processus d’apprentissage), on met en avant la difficulté pour un apprenant d’être en mode « double tâche ». A savoir qu’il n’est pas possible de se concentrer sur 2 tâches à la fois, à moins que l’une ne soit déjà parfaitement automatisée.
Pensons maintenant aux élèves qui sont en plein apprentissage de la lecture, et qui s’entendent dire « Mais essaye de comprendre ce que tu lis voyons ». Le fait de déchiffrer chaque mot n’étant pas automatique, donner du sens au mot puis à la globalité du texte est alors compliqué voire impossible. On pourrait citer d’autres exemples en mathématiques quand la maîtrise des opérations de base est encore fragile et que l’on demande à l’élève de se concentrer sur un problème plus complexe.


En conclusion, le rôle de l’enseignant (et de façon générale de l’accompagnateur d’apprentissages) est d’identifier les savoir-faire essentiels à maîtriser pour aborder une situation complexe, et de s’assurer que ces processus sont bien intégrés et automatisés.

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2 réponses à Mono tâche, double tâche ou multitâche ?

  1. Cuingnet Caroline dit :

    Un article clair et particulièrement parlant dans le cadre de mon activité d’accompagnante d’élèves en situation de handicap. Dans le cas, par exemple, de la dyspraxie, avec des troubles associés, il devient très complexe de cumuler les tâches, les consignes. Il est nécessaire d’alléger, simplifier et d’engager une progression mesurée dans un exercice en fonction des capacités de l’élève afin de ne pas le/la mettre en difficulté. Bien sûr, votre commentaire concerne aussi l’apprenant de tous les jours que nous ne cessons d’être.

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