Évaluation formative augmentée : vers une nouvelle pratique …

L’évaluation régulière des acquis des apprenants est un élément clef dans un processus de formation. Il permet, entre autres, de vérifier une acquisition de savoirs, une maîtrise de savoir-faire ou une montée en compétences.

On peut distinguer différentes finalités pour les évaluations : formative, certifiante, auto-évaluative, etc. En pratique, l’acte d’évaluation reste bien souvent sommatif : c’est-à-dire qu’on évalue en une fois, en fin de séquence, les acquis de l’apprenant. Le résultat auquel on associe une note est définitif. Si l’évaluation est « ratée », l’apprenant n’a pas prouvé ses capacités. Point barre.

Si certains éléments de l’évaluation ne sont pas validés mais que le résultat global de l’évaluation est correct, l’étudiant « valide » alors, sans pour autant maîtriser 100% des apprentissages. Si en plus, chaque brique d’apprentissage est nécessaire à la réalisation d’un tâche complexe, alors le risque d’échec est très élevé.

 

Dans le cadre d’une UE de deuxième année de formation d’ingénieur, j’ai mené avec Paula CATERINO (ingénieure pédagogique) une expérimentation destinée à tester un nouveau dispositif d’évaluation sur une promotion d’une centaine d’étudiants : une Evaluation Formative Augmentée .

Le principe : concevoir et mettre en place une évaluation régulière en physico-chimie sous forme de questionnaires en ligne et permettre aux étudiants de se certifier sur des notions essentielles et basiques, en bénéficiant de tentatives multiples. Le tout étant surveillé en mode « examen ».

Dans un premier temps, il a fallu identifier sur l’ensemble du programme les savoir-faire de « base » (le B-A-BA) essentiels à la résolution d’une tâche complexe. Ces notions devant être maîtrisées par chaque apprenant, nous avons mis en place des banques de tests sur la plateforme Moodle pour valider de façon progressive, précise et régulière les savoirs et savoir-faire essentiels.

 

 

Souhaitant que chaque apprenant valide ces notions essentielles, nous y avons introduit un caractère formatif : En pratique, la première tentative du test était réalisée par la promotion entière durant un cours magistral (25 minutes) sur smartphone ou tablette. Néanmoins, l’étudiant n’atteignant pas le seuil défini au préalable, disposait de nouveaux essais pour atteindre l’objectif cible.

 

 

 

Le seuil de validation étant fixé à 70% de réussite au test (valeur qui, selon le nombre de questions, représente une bonne maîtrise de la notion évaluée), un apprenant qui obtenait un résultat inférieur était invité à refaire le test. Une semaine était laissée à l’élève pour réviser puis, le test était ensuite passé, sous surveillance, en salle informatique.

 

Afin que le second test ne soit pas un copier-coller du premier (évitons le bachotage !), une banque de questions conséquente a été créée et un tirage aléatoire fut réalisé.

Mais pourquoi la dénomination d’ « augmentée » ?

Récemment, le terme « augmenté » a été associé aux avancées de l’intelligence artificielle. Certaines tâches pouvant être faites aussi bien par une machine que par un humain, autant laisser à cette dernière les actions pouvant être automatisées pour permettre à l’humain de disposer de plus de temps pour démontrer sa « valeur ajoutée » dans le cadre de tâches complexes.

Notre évaluation s’appuie sur le même constat. En effet, pourquoi ne pas consacrer 100% de l’évaluation finale (et donc le temps de correction associé) pour traiter des questions de réflexion, d’analyse, des situations problèmes, … en laissant de côté les questions basiques ?

En effet, si on envisage la correction de la question 1 représentée ci-dessus 100 fois (100 étudiants), on se rend aisément compte que la valeur ajoutée du correcteur vis-à-vis d’une machine est proche de zéro … L’intérêt pour l’enseignant est d’être assuré avant l’évaluation « finale » que les notions de base sont maîtrisées pour consacrer l’intégralité de son évaluation sur table à des situations problèmes plus complexes.

 

De l’intérêt de l’évaluation formative augmentée

Au final, cette modalité d’évaluation permet aux apprenants de savoir précisément quelles sont les notions essentielles, de disposer de plusieurs tentatives pour parfaire puis prouver leur bonne maîtrise, et enfin d’être en capacité de mieux aborder ensuite des tâches plus complexes… tout en bénéficiant des avantages du contrôle continu dans la régularité de leur travail !

Pour l’enseignant, l’évaluation formative augmentée permet de mesurer de façon progressive les progrès de ses étudiants, de concentrer son évaluation finale sur des situations demandant plus de recul, d’éviter les corrections répétitives sans plus-value de son action et au final, de s’assurer de l’acquisition de la quasi-totalité des savoirs et savoir-faire qu’un temps de formation exige. Finalement ces évaluations sont formatives certes mais pas uniquement : continues, pertinentes, progressives et adaptées, … ou « augmentées » !

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