Enseigner n’est pas un art, mais une science …

Sur fond de grogne des enseignants stagiaires quant à la formation qui leur est proposée, revient l’éternelle question : « Qu’est-ce qu’un bon enseignant ? » Et si l’on réussi à trouver la réponse à cette épineuse question, on se demande alors comment former les candidats pour qu’ils le deviennent …

Je vais de suite doucher les espoirs des lecteurs de cet article : je ne répondrai pas à ces questions dans ce billet …!

Depuis de nombreuses années, la sélection aux concours pour devenir enseignant dans le secondaire est uniquement basée sur une seule compétence : la maîtrise des savoirs disciplinaires. Avec l’imaginaire que pour être un bon enseignant de physique, il ne faudrait être bon qu’en physique. Point barre.

Lorsqu’on échange avec certains collègues sur le portrait robot du « bon » enseignant, on s’entend souvent rétorquer « mais on ne peut pas définir ce qu’est un bon enseignant. Ca dépend de la matière, du niveau, du public … Certains ont le don, d’autres non ».

« Certains ont le don pour enseigner, d’autres non »

Le métier d’enseignant serait donc unique dans le sens où il ne serait pas associé à un référentiel de compétences  !

A ce genre de déclaration, j’ai souvent réagi en utilisant une analogie culinaire. Pour concevoir un tiramisu au café, le minimum est de suivre une recette. Il y a des étapes essentielles, des ingrédients indispensables et des gestes précis à effectuer. Si on improvise, le résultats ne sera pas bon. Mais si on suit la recette, le dessert sera à minima mangeable. Après, certains seront des grands chefs et pourront sublimer le dessert, d’autres non.

C’est un peu pareil en enseignement. Sans pour autant suivre une recette, il y a des savoir-faire clés à maîtriser pour espérer être un enseignant « efficace ». Après, certains seront plus ou moins charismatiques, empathiques, stricts, exigeants, pédagogues, etc. Enseigner s’apprend donc, ce n’est pas un art ou un don.

On peut envisager différents niveaux de recul ou de prise de conscience associés à l’acte d’enseigner.

Niveau 1 : Maîtriser son contenu de cours, bien « remplir » sa séance et ne pas être débordé.

C’est souvent la préoccupation principale de l’enseignant qui débute. Si le cours dure 1 heure, il ne faut pas devoir meubler donc on transmet au maximum. Souvent trop rapide, le cours est bien trop dense. Mais des apprenants qui notent beaucoup sont relativement calmes …

Niveau 2 : Transmettre le plus clairement possible

A ce second stade, l’enseignant travaille sur la meilleure manière d’exposer ses notions. Il peut enrichir son cours d’images, d’exemples concrets, de comparaisons, etc, et adapte son exposé aux difficultés rencontrées par les apprenants. C’est le début d’un passionnant travail didactique et pédagogique.
Niveau 3 : Trouver des activités pour transmettre efficacement

Chaque apprenant fonctionne différemment (capacité d’attention, vecteur de perception, mise au travail, etc) et à ce stage, l’enseignant va se demander comment mettre en action l’apprenant (cognitivement !) afin que l’appropriation du cours soit la plus importante. Débats, études de documents, pédagogie inversée seront alors au menu. A ce stage, l’enseignant commence à se questionner sur les manières d’apprendre et de comprendre des individus de son groupe.
Niveau 4 : Evaluer le niveau d’appropriation de la séquence de cours

Sans attendre le fameux « contrôle », l’enseignant cherche à se doter d’outils pour évaluer le degré de compréhension ou d’appropriation de l’apprenant (vote en ligne, questionnement en groupe ..). Si le résultat n’est pas satisfaisant, la logique consistera pour l’enseignant à retravailler le niveau 2 (est-ce que l’information est explicite et accessible?) ou le niveau 3 (comment rendre actifs les apprenants?).

Finalement, enseigner est une activité très complexe qui recouvre un grand champ de compétences (sciences cognitives, psychologie de l’enfant, didactique, pédagogie, management …)  et qui demande chaque jour de réaliser un travail réflexif afin de faire évoluer sa pratique.

On est donc bien loin du savoir purement disciplinaire …

 

 

 

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