Doit-on obligatoirement noter pour évaluer ?

Régulièrement en France, le débat revient sur le fait de noter (ou non) les apprenants. S’opposent alors les défenseurs des notes comme outils de jauge vis-à-vis des savoirs ou de positionnement au sein d’un groupe, et ceux qui pensent que les notes risquent d’être un facteur de démotivation pour les élèves et/ou les étudiants.

A mon époque, nous étions notés et je n’ai jamais été traumatisé par un zéro

ou

Cet enseignant s’acharne à noter sévèrement sa classe, soi-disant pour la faire travailler, mais le résultat c’est que tout le monde est démotivé

 

Lors de conversations, ce type de remarques revient assez souvent et s’ensuivent des discussions passionnées qui s’appuient avant tout sur le vécu propre à chacun. Mais finalement, quel est l’usage réel de la notation dans notre système éducatif ?

Au cours de l’Histoire de l’école (avec un grand « H »), de nombreux systèmes de notation, classement, évaluation ont été testés : le tableau d’honneur pour les plus anciens, la remise de prix en fin d’année (les élèves étaient alors classés et les premiers avaient la primeur du choix d’un livre), les notes sur 20, les notes sur 10, les lettres, les couleurs, etc …

tableau d'honneur

Ces dispositifs poursuivaient des objectifs différents.

Dans certains cas, les notes et le classement associé servaient d’éléments d’émulation, de compétition ou de motivation. Dans d’autres cas, les notes avaient pour but d’être le reflet de l’apprentissage ou de la compréhension de notions.

Comment est utilisée la notation ?

Dans de nombreuses formations, la note permet d’établir un classement au sein d’un groupe d’apprenants (classes préparatoires ou médecine par exemple) afin de faire sortir du lot les « bons élèves ». Et encore, nous pourrions nous interroger sur la pertinence de sélectionner les 10 premiers sur une classe de 40 lorsque la moyenne des notes tourne autour de 05/20 ! Que savent réellement faire ces « bons » élèves alors qu’ils ne semblent pas répondre favorablement aux critères d’évaluation proposés ?

Il en est de même à l’université où l’on pratique le système ECTS (European Credit Transfert System) qui permet lui aussi de « classer » les apprenants non pas individuellement mais par groupes. En effet, sur la population qui a validé une UV, des lettres sont attribuées selon la réussite des apprenants en respectant la répartition suivante :

 

  •  A les 10 % meilleurs
  • B les 25% suivants
  • C les 30% suivants
  • D les 25% suivants
  • E les 10% restants

Dans tous les cas, on réalise bien un classement ou positionnement sans forcément savoir en quoi l’apprenant est réellement compétent.

Alors qu’évalue-t-on ?

Dans tout ce qui précède, la notation ne permet pas de savoir en quoi un apprenant est « compétent ». Quelles sont les notions ou savoir-faire qui sont maîtrisés ? Quel est leur niveau de maîtrise ? Quelle a été la progression de l’apprenant en réponse à l’enseignement reçu ?

Ces différentes questions laissent entrevoir la nécessité d’évaluer différemment et de donner du sens à l’indicateur (note, lettre …) associé à cette évaluation. Le périmètre de l’évaluation est alors mieux défini ce qui permet de savoir précisément ce qui est maîtrisé par l’apprenant.

Par exemple, un apprenti n’aura plus 15/20 à son épreuve de pâtisserie (évaluation et donc notation peu ciblée) mais sera jugé compétent dans sa capacité à réaliser une bonne pâte à choux, une bonne crème brûlée ou encore une bonne ganache pour des macarons.  On pourrait même imaginer la jauge suivante :

 

Ganache pour macarons Débutant Initié Confirmé Expert

 

Elle se traduit actuellement dans les petites classes par une capacité (savoir couper avec des ciseaux en suivant un trait) évaluée selon 3 niveaux : Non acquis / en cours d’acquisition/ acquis.

On sort donc complètement de la simple note qui ne demande qu’à être comparée à celle du voisin, pour proposer à chaque apprenant de prendre conscience de ses forces et ses « faiblesses » et ainsi des progrès à réaliser.

C’est dans cet esprit que se développe « l’approche compétence » qui fera l’objet d’un autre article.

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