C’est une faute ou une erreur ?

Dictée de mots en CE1. Mon fils rentre un soir un peu dépité et me dit qu’il a fait 6 fautes à sa dictée. Et pour plaisanter, je lui réponds taquin : « et c’est grave alors ? ».

Car dans notre imaginaire collectif, « faire des fautes » est un vrai problème. On pourrait même dire que c’est grave. L’échec est une chose à laquelle on pense trop et qui a tendance à nous empêcher de nous lancer, voire qui nous paralyse. Alors que faire des erreurs, c’est le début du processus d’apprentissage.

L’exemple que je donne souvent à mes étudiants est l’image du bébé qui tente de mettre des formes dans des ouvertures adaptées. Il peut être impressionnant de voir le nombre d’essais qu’il peut réaliser avec minutie avant de réussir à adapter la position de la forme à l’ouverture. Une démarche « essai/erreur/essai … » est à l’œuvre. Et si dès son premier échec, il baissait les bras et arrêtait pour toujours cet exercice, cela ferait belle lurette que nous serions tous à la porte de chez nous 1

Faire comprendre aux élèves qu’une erreur n’est pas grave est un vrai défi. Le blocage vient souvent du fait que l’évaluation proposée est sommative. C’est-à-dire qu’elle évalue une notion ou la maîtrise d’une notion. Et ensuite … plus rien. Aucun moyen de rectifier ou de montrer que « c’est bon, cette fois-ci j’ai compris ». Très souvent, une fois que l’erreur est faite et que la note est tombée, c’est terminé. J’ai eu 09/20 et cela reste gravé sur mon devoir ou ma copie. Aucun moyen de changer cela.

Finalement, l’erreur devient une faute … et une faute est très dure à racheter dans notre imaginaire collectif.

Pourquoi ne pas envisager un système qui permettrait à l’apprenant de changer cette note qui n’est plus gravée dans le marbre (au sens propre) depuis bien longtemps ? Par exemple, une fois les mots de la dictée signalés comme faux, on les réévalue quelques jours plus tard pour voir si l’élève est capable de les écrire. Si oui, on modifie la note qui n’est alors plus le reflet de ses capacités réelles. Pour les plus grands, pourquoi ne pas reproposer une évaluation qui a été ratée en évaluant les mêmes capacités mais sous une approche différente ? L’idée n’est-elle d’aider l’apprenant à se positionner et à progresser ?

Avec cette façon de reconsidérer l’erreur, on pourrait imaginer changer positivement notre point de vue sur l’échec et la peur qui y est associée. Et si on se projette bien après l’école, cela permettrait par exemple d’augmenter le nombre d’entrepreneurs/créateurs/inventeurs en France qui sont avant tout (cela a été montré) bridés par cette fameuse peur de l’échec !

NB : Anecdote radiophonique. A la question d’un journaliste à un entrepreneur américain sur le risque que son projet presque abouti d’épicerie solidaire ne fonctionne pas, ce dernier lui a simplement répondu. «  Ah ! Vous les français à toujours envisager l’échec … ».

1 Indice : clef/serrure

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