Animer une séance de travaux dirigés (TD) : Et si on s’essayait à l’autogestion ?

A l’université, les séances de travaux dirigés (TD) consistent en des temps de travail en groupe restreint durant lesquels des études de cas ou des problèmes sont discutés et corrigés. Cette forme d’enseignement contraste avec les cours magistraux historiquement transmissifs …

Pourtant, ces séances de TD qui devraient être animées (discussions, échanges, débats, question, etc) se transforment trop souvent en heures de correction d’exercices. On observe alors l’enseignant en train de corriger, face au tableau, et le groupe d’étudiants qui recopie sans entrain. A de telles pratiques je réagis, provocateur, en proposant de distribuer des polycopiés de corrections détaillées pour ainsi économiser ces précieuses heures de TD …

Mais pourquoi ne pas tenter une autre manière de concevoir ces travaux dirigés ?

« Travaux dirigés : vous travaillez et je dirige » nous disait un professeur d’université proche de la retraite

Tentons donc une petite « taxonomie » de l’animation d’une séance de TD :

Niveau 1: Les étudiants corrigent au tableau et présentent leurs préparations en totalité

Selon le niveau d’exigence de l’enseignant (et sa réaction envers un étudiant qui n’aurait pas bien effectué son travail préparatoire), il résulte de ce premier niveau deux cas de figure: soit tous les étudiants ont préparé la totalité des exercices, soit une moitié du groupe a préparé, et l’autre pas. Conséquence, ceux qui ont préparé sont passifs et s’ennuient, et ce qui n’ont pas préparé passent la séance à recopier, sans grand intérêt cognitif (on revient alors au niveau 0 qui vous aurez deviné …).

Niveau 2: Les étudiants corrigent uniquement ce qui pose problème

Ce second niveau oblige les étudiants, par effet d’entrainement, à mieux préparer leurs TD. En effet, seuls seront corrigés les problèmes qui ont présenté des difficultés. Si une majorité d’étudiants du groupe pense qu’une correction détaillée n’est pas nécessaire, on passe. Donc celui qui n’aurait pas assez préparé se motivera pour la fois suivante … Cette approche permet de libérer du temps pour travailler plus en détail les difficultés rencontrées par le groupe. On s’approche de la différentiation pédagogique à l’échelle d’un groupe d’apprenant. Ce mode de fonctionnement permet aussi de responsabiliser le groupe et de le rendre acteur de son temps de formation : « comment vais-je utiliser au mieux mes heures de TD ? »

Niveau 3: Les étudiants corrigent et répondent aux questions posées par leurs collègues

Allons plus loin en limitant le rôle de l’enseignant lorsqu’à l’issue de la correction d’un exercice, les étudiants se tournent vers leur professeur pour poser une question ou demander de préciser un point de la correction. Plutôt que de répondre pour reprendre la main (et reprendre son rôle d’enseignant « savant »), il est alors possible de demander à l’étudiant correcteur de répondre à la question, ou au groupe entier de répondre. Chacun est alors acteur de la correction et le TD passe en mode collaboratif.

Mais pourquoi ne pas tenter une autre manière de concevoir les travaux dirigés en réalisant le travail sur place et en rendant les étudiants acteurs ?

Niveau 4: Les étudiants travaillent en groupe sur les problèmes ou études de cas

Une autre manière de concevoir une séance de TD est de laisser les étudiants travailler en groupe dans un agencement de salle en mode îlot (4 à 5 étudiants par groupe).  Chaque membre de groupe échange et pose ses questions aux autres, compare ses stratégies et résultats. Dans cette organisation, chaque étudiants est producteur de contenus, critique et tuteur. L’enseignant donne juste le rythme et fait une reprise globale lorsqu’une explication est demandée ou apparaît nécessaire à tous les groupes.

Niveau 5: Les étudiants travaillent en groupe et valident leurs résultats avec d’autres groupes

Afin d’éviter qu’un groupe progresse bien plus (ou moins) vite que les autres, on peut dynamiser le niveau 4 en demandant à chaque groupe d’aller confirmer/valider ses résultats avec au moins un autre groupe. On ouvre donc le cercle pour enrichir les débats et ce dispositif permet à chaque groupe de savoir où en sont les autres. L’autogestion lors de la séance de TD est donc importante et l’enseignant intervient ponctuellement à la demande d’un groupe, lorsque les débats n’ont pas permis de trancher avec certitude.

 

Pour avoir testé tous les niveaux d’animation de TD (et plus particulièrement le niveau 5 cette année), j’ai pu constater que les étudiants apprécient d’être en action durant un TD, et que le fait de les laisser travailler en groupe n’entraîne pas un manque de sérieux, au contraire. Il faut par contre « tenir bon » durant plusieurs séances pour obliger les participants à quitter leur zone de confort (corrections à recopier) pour de bon !

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