10 (fausses ?) raisons de ne pas s’essayer à la pédagogie inversée

Comme je l’ai expliqué dans un précédent article, le fait de passer d’une pédagogie transmissive à une pédagogie plus active présente des avantages indéniables (lien). Mais franchir le pas et mettre en place un dispositif de classe inversée (encensée par certains ou décriée par d’autres) n’est jamais facile. Voici un certain nombre de remarques que l’on peut entendre au sein de nos lieux d’enseignement…

1) Les élèves ne vont pas jouer le jeu

Au contraire, rien de plus déprimant pour un enseignant que de voir son groupe parler ou discuter pendant son cours. Car recopier durant de longues heures, ce n’est pas forcément stimulant … Lorsqu’on demande à des apprenants de travailler des capsules de cours à la maison, on s’aperçoit rapidement qu’ils sont friands d’approches pédagogiques qui cassent leurs habitudes. Et puis en pédagogie inversée, il est important de motiver les apprenants à travailler les ressources (donc jouer le jeu) en leur proposant un petit test à faire en ligne avant le cours ou en leur posant des questions auxquelles ils devront avoir répondu pour le cours lors d’une restitution collective.

2) Je ne suis pas un acteur

Faire de la pédagogie inversée ne passe pas forcément par de la vidéo, et encore moins par un enseignant qui est filmé devant son tableau ! Il faut varier les ressources : reportages, documents ou articles à lire, PowerPoint commenté … Plus les ressources à travailler à la maison sont variées, moins les apprenants vont décrocher.

3) Je vais perdre du temps sur mon programme

Un enseignant me disait que lorsqu’il faisait cours en amphi, 100% de son programme était traité, mais que les examens lui prouvaient que peu de notions étaient finalement acquises … Pourquoi ne pas accepter d’en faire un peu moins, mais d’augmenter considérablement le taux d’appropriation des apprenants ?

4) Je n’ai pas les moyens matériels de le faire

Pas besoin de studio d’enregistrement pour mettre en place une classe inversée. On peut très bien commencer par donner un texte à lire en amont du cours, demander de faire une recherche documentaire sur un fait historique ou même découvrir un théorème de mathématiques dans le livre de classe. Le tout est que le travail à faire en amont du cours soit abordable par les apprenants.

5) Si je mets de ressources en ligne, que vais-je dire en cours ?

Grande inquiétude que celle-là ! Il faut surtout voir qu’exfiltrer du présentiel (en classe) le temps consacré à recopier le cours noté au tableau (c’est un exemple parmi d’autres), permet de libérer du temps en classer pour expliciter d’autres notions, travailler sur des applications, travailler en groupe … Bref faire tout un tas d’autres activités bénéfiques à l’apprentissage et la compréhension de l’apprenant.

6) Je fais déjà de la classe inversée !

« Car je leur demande de préparer les activités présentes dans le livre avant le cours ». Certes, mais le cours sera toujours fait … en cours ! Il peut alors être intéressant de réexpliquer les différentes formes de pédagogie inversée pour que l’enseignant prennent conscience de l’étendu des possibilités.

7) J’ai tenté une fois par le passé, et ça n’a pas marché

Comme dit l’adage, « l’échec n’est pas de tomber, mais de rester à terre ». Il arrive souvent que nos dispositifs pédagogiques innovants le soient sur le papier, et qu’une fois mis en place, ce soit une vraie catastrophe. Manque d’explication sur l’organisation ? Groupe pas assez mature pour s’adapter à cette pédagogie ? Partie du programme inversée trop ambitieuse ? Notion trop complexe à acquérir en autonomie ? Il est important de faire un point avec un collègue qui pratique une telle approche pour avoir un regard extérieur. Et retenter car chaque groupe est unique.

8) Les parents (et apprenants) pensent que c’est du gadget

Il est important d’expliquer la démarche pédagogique adoptée. Si les apprenants ne sont pas partie prenante du projet, cela ne peut pas marcher. Concernant les parents, expliquer par exemple que l’organisation « cours en classe et exercices à la maison » devient cours à la maison pour poser des questions en classe et faire les exercices sur place afin d’aider chaque apprenant ne peut que les rassurer sur l’intention pédagogique de l’enseignant.

9) Ça prend trop de temps à mettre en place

Oui, c’est long … mais pas tant que ça. Tout dépend à nouveau du type de ressources mis à disposition des élèves. Le plus long n’étant pas la création de ressources (sauf pour les vidéos) mais le choix avisé des notions et ressources que l’on demande aux élèves de travailler.

10) Les élèves changent, alors les ressources ne sont pas réutilisables d’une année sur l’autre

A cette remarque, je demande souvent au « questionneur » quelle proportion de son cours il change chaque année. Plus sérieusement, il est important que la capsule ou ressource proposée ne soit pas une vidéo fleuve de son cours. Rappelons que les capsules destinées à une pédagogie inversée doivent être courtes, ciblées sur une notion (grain pédagogique) et que c’est la consultation de plusieurs de ces ressources qui permet à l’apprenant de s’approprier la thématique enseignée. Il est donc possible, si les élèvent changent (et oui ils changent !), de substituer une ressource par une autre.

 

Taggé , , , .Mettre en favori le Permaliens.

2 réponses à 10 (fausses ?) raisons de ne pas s’essayer à la pédagogie inversée

  1. Patrice dit :

    La gestion du temps est un point critique de cette méthode.
    Trop jeune, un enfant doit être encadré. Les parents doivent être disponibles (ou avoir les moyens de suppléer cette tâche).
    Pour certain cours, la phase de découverte est très longue (ex: anatomie). Les heures de « cours » devraient être réduites, au profit d’heures « libres ». Pas facile dans les administrations rigides.

    Par contre, quand le temps est déjà réparti différemment, cela devient plus naturel.
    L’apprentissage d’un instrument de musique y ressemble fortement: découverte à la maison pendant une semaine, suivi d’un travail des difficultés rencontrées pendant 20 minutes.

    Cordialement,
    Patrice

    • admin dit :

      Bonjour Patrice,
      Merci pour votre commentaire. Il est vrai que la mise en place de ce type de dispositifs n’est pas toujours aisé dans une structure où les temps d’enseignements sont rigides.
      Et il faut aussi garder à l’esprit que si chaque enseignant passe en mode inversé, le travail personnel pour un élève peut alors devenir bien trop important …
      Enfin pour ce qui est de l’autonomie des apprenants dans ce travail personnel, des dispositifs de tests en ligne peuvent être efficaces pour aider à structurer le travail personnel.
      Bien cordialement
      YV

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *